Sur le terrain, on me parle souvent de personnes « qui ont une présence folle », « qui en imposent », « qu’on remarque dès qu’elles entrent dans une pièce ». Et on en conclut, presque automatiquement, que ce sont de grands leaders.

Je ne suis pas d’accord. Le charisme et le leadership, ce n’est pas la même chose. Et quand j’accompagne des équipes en amélioration continue, ce n’est pas le charisme que je cherche. C’est le leadership.

Deux choses qu’on confond tout le temps

Le charisme, c’est cette capacité à en imposer. Certaines personnes remplissent une pièce rien qu’en y entrant : on sent leur présence avant même qu’elles aient dit un mot, il y a une forme d’aura, de stature, d’énergie. Le charisme attire le regard, parfois l’admiration, parfois une forme de soumission. On a envie d’être vu par ces personnes.

« Mais être impressionné par quelqu’un, ce n’est pas la même chose qu’avoir envie de le suivre. »

Le leadership, c’est justement l’inverse du côté « spectacle ». Un leader, ce n’est pas forcément quelqu’un qu’on remarque. Vous pouvez le croiser sans y prêter attention. Mais dès qu’il ouvre la bouche, quelque chose se passe : c’est clair, c’est juste, et vous avez envie d’aller avec lui. Pas parce qu’il en impose, mais parce qu’il vous embarque.

Le charisme impressionne, le leader donne envie d’avancer

Le charismatique en impose souvent par l’autorité. Il peut générer du respect, mais aussi de la distance, voire de la crainte. Pour le dire simplement : le charismatique, on l’aime bien, mais on en a un peu peur. On fait attention à ce qu’on lui dit.

Le leader, lui, s’adapte. Il vous délivre le bon message, de la bonne manière, au bon moment. Il descend sur le terrain rencontrer les équipes, même celles qu’on n’écoute jamais. Il écoute vraiment, il aide et il challenge sans écraser. Il est capable, dans la même phrase, de féliciter quelqu’un sur un point et de lui faire une remarque exigeante sur un autre ; et de rester juste. Il a une vision, et il vous la fait partager au point que vous y croyez. Le charismatique vous en impose. Le leader vous aide à grandir.

J’ai en tête un dirigeant que j’ai bien connu, un vrai leader, avec un charisme assez discret. À côté de lui, il y avait un associé extrêmement charismatique : il en imposait, il occupait l’espace, on le remarquait tout de suite. Mais quand il s’agissait de mettre les équipes en mouvement, de faire avancer les choses concrètement, il n’y avait plus personne. Beaucoup de présence, peu d’entraînement. La démonstration parfaite que le charisme et le leadership ne vont pas forcément de paire.

Un cas concret : le gars que je n’avais même pas remarqué

Récemment, en formation chez un client industriel, un responsable est entré dans la salle pendant que je travaillais avec un petit groupe. Quelqu’un de soigné, qui présente bien. Et pourtant, je ne l’ai remarqué qu’au bout de deux minutes. Aucune entrée fracassante, aucun effet wahou.

Puis il a commencé à poser des questions aux équipes. Comment ça se passe ? Qu’est-ce que vous découvrez ? Quelles sont vos difficultés ? Comment vous vous projetez ? Des questions simples, mais qui obligeaient chacun à réfléchir et à se positionner. Quand quelqu’un bloquait, il reprenait, réexpliquait, vérifiait que c’était clair. En quelques minutes, il m’avait séduit au point que je me suis dit : ce responsable-là, je vais tout faire pour l’aider.

  • Le soir même, je lui ai fait un compte rendu avec trois points d’attention délicats :
    • des équipes déjà surchargées
    • inquiètes qu’on en rajoute
    • un doute sur le soutien des autres services.

Sa réaction a tout dit. Pas de déni, pas de posture. De l’écoute, une prise en compte immédiate, des actions concrètes derrière :

  • arbitrer avec sa direction
  • rassurer les équipes dès le lendemain matin
  • aller voir lui-même les services concernés et obtenir leur engagement

Il a montré à ses gens qu’ils étaient entendus et protégés. Ça, c’est un leader. Un pur charismatique, lui, aurait sans doute forcé, imposé son planning et avancé quand même en laissant les inquiétudes sous le tapis.

Pourquoi ça change tout dans une démarche d’amélioration

Cette différence n’est pas un débat de vocabulaire. Elle est décisive dès qu’il s’agit de conduire des équipes. Un Green Belt, par exemple, anime des chantiers avec des personnes. Ce dont il a besoin, ce n’est pas de charisme, c’est de leadership.

Les profils très charismatiques ont même souvent tendance à étouffer les autres : ils sont dans le paraître, dans l’ego, ils occupent tout l’espace alors que nous cherchons de l’implication et de l’appropriation.

Or ce qu’on veut, c’est quelqu’un qui motive, qui embarque et qui donne aux autres le pouvoir d’agir.

Un Black Belt, qui pilote une transformation entière, en a encore plus besoin. Il doit dialoguer avec la direction comme avec le terrain, tenir le cap sur la durée et faire avancer des gens qui ne dépendent pas de lui hiérarchiquement. Ça ne se fait pas à l’autorité. Un peu de charisme peut aider à ouvrir des portes, mais le moteur, c’est le leadership. Un bon Black Belt tire les gens vers le haut avec le cœur.

Et si le débat n’était pas si tranché ?

Je dois être honnête : tout le monde ne voit pas les choses comme moi. J’ai dans ma famille un militaire de haut rang pour qui les deux notions sont indissociables : dans sa culture, un leader est forcément charismatique, et une personne charismatique a le devoir de devenir un leader. Dans un environnement de commandement, où l’ascendant et la présence comptent énormément, cette vision se défend parfaitement.

Simplement, dans le monde industriel et dans les démarches d’amélioration continue que j’accompagne, je préfère miser sur le leadership.

« Le charisme attire l’attention.
Le leadership, lui, fait grandir les équipes et tient dans le temps. »

Un bon manager n’a pas besoin d’en imposer. Il a besoin de donner envie d’avancer.

En résumé

Le charismatique, on le remarque. Le leader, on le suit.

Si vous devez choisir qui placer à la tête d’une démarche de transformation, ou quel profil faire monter en compétence, ne cherchez pas celui qui impressionne le plus. Cherchez celui qui donne aux autres l’envie et les moyens d’avancer.

Envie d’aller plus loin ? Découvrez notre article sur les certifications Lean et le rôle que joue le leadership à chaque niveau de belt Yellow, Green et Black.

Et si vous voulez faire monter en compétence des animateurs et des pilotes de démarche vraiment capables d’embarquer leurs équipes, parlons-en lors d’un RDV téléphonique.

 

À propos de l’auteur 
Jérôme Bilquey est consultant, formateur et Master Black Belt Lean et Six Sigma. Depuis près de 30 ans, il accompagne les entreprises industrielles et de services dans l’amélioration de leurs performances, la résolution de problèmes complexes et la montée en compétence de leurs équipes. Son approche repose sur le terrain, la pédagogie et la recherche de résultats concrets et durables.